30 mai 1924 - Sainte-Émilie-de-l'Énergie passe au feu

Lendemain de feu

 


 

Dans le cadre de la chronique Lanaudière autrefois, Michel Harnois s'entretient avec Richard Belleville au cours de l'émission Lanaudière et compagnie, aujourd'hui, diffusée au 99,1 CFNJ, le 29 janvier 2019.

 

Le vendredi 30 mai 1924 demeurera à jamais une journée noire dans l’histoire de Sainte-Émélie-de-l’Énergie. Le jour s’était levé comme tous les autres. Un chaud vent d’ouragan soufflait sur la région. Vers huit heures, tous les travailleurs du village sont déjà à l’œuvre et l’école va bientôt commercer. Vers 11 heures, un tuyau qui surchauffe dans la maison du barbier Arthur Bazinet commence à inquiéter les gens de la maison. Tandis que l’épouse s’affaire à préparer le repas du midi, elle s’aperçoit que le feu fait déjà rage dans la maison. Elle crie de toutes ses forces : « Au feu ! Au feu ! Au feu ! »
En un clin d’œil, le vent d’ouragan transporte les flammes à la maison voisine. De là, le feu se propage à une autre maison, à un autre bâtiment, au hangar dans le fond de la cour. En quelques minutes, tout s’enflamme. Les toitures sont presque toutes faites en bardeau de cèdre ce qui alimente le feu d’autant plus. Tout y passe, les petites maisons comme les grandes. L’hôtel, au centre du village, flambe déjà quand on s’aperçoit que rien n’arrêtera les flammes qui se propagent partout dans le village.
Alertés, les hommes essaient de réintégrer leur maison, courent dans l’espoir que l’incendie a épargné leur demeure, demandent à leur famille de sortir du village et se mettre à l’abri.
Les pompiers volontaires accourent vers l’église pour la protéger des flammes, mais c’est peine perdue : elle est déjà attaquée de tous bords. Cette belle église, qu’on appelait la petite cathédrale du Nord, s’écroule sous les flammes. Le presbytère, tout en bois, tient encore debout miraculeusement ; les pompiers disposent de peu de moyens, mais la providence les aidant, ils mettent toute leur énergie à le protéger. Les pompiers de Joliette demandés en renfort sont arrivés trop tard.
Journée cauchemardesque : à la fin, 60 maisons et commerces ont disparu, ainsi que l’église et le couvent. Seul, au centre des lieux dévastés, le presbytère en bois a échappé miraculeusement au désastre.
Presque tous les villageois sont ruinés. Un tiers seulement ont des assurances, mais elles ne couvrent qu’un dixième de la valeur de leurs biens.
Un comité de secours est mis sur pied pour venir en aide aux sinistrés. Une délégation, formée du député Joseph Dufresne, du curé Viateur Ducharme et du Dr Paul Allaire, est mandatée pour aller rencontrer le premier ministre Alexandre Taschereau à Québec et revendiquer un octroi de 50 000 $ et un prêt sans intérêt de 25 000 $.
En apprenant la nouvelle de la conflagration, Mgr Forbes se rend immédiatement dans ce qui reste du village et apporte les sympathies du clergé de Joliette et l’aide morale dont ont si grand besoin les nombreux sinistrés.
Quel courage, quelle énergie, il a fallu à ces gens pour reconstruire à neuf le village disparu en quelques heures ! Des témoins de ce sinistre ont écrit dans l’histoire de la municipalité que les lendemains ont été teintés de bénévolat où personne ne refusait d’aider son voisin. Ce furent des mois et des mois de corvées comme on n’en reverra jamais.

Source 

Sainte-Émilie-de-l'Énergie — À travers le temps. p. 107